Avertissement
Ce récit est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé, ne saurait être que coïncidence fortuite.
Chapitre 1. La Genèse
Le printemps 2011 s’était installé sur Hassi Messaoud avec cette majesté propre aux saisons du désert, où les transitions sont aussi subtiles que profondes. L’air, encore frais aux premières lueurs de l’aube, se chargeait au fil des heures de la chaleur vibrante de la terre ocre et de l’odeur entêtante des hydrocarbures, un parfum familier, celui de la richesse enfouie et de l’activité qui s’y dédiait. Cette odeur collait à la peau, imprégnait les vêtements, racontant à quiconque la portait son appartenance à ce monde singulier.
Au premier étage d’un bâtiment administratif de la Direction Mud Logging de Sonatrach, aux lignes fonctionnelles, le bureau d’Abdelkader BAAZIZ offrait un refuge de calme. Directeur des Opérations de Surveillance Géologique des Forages, Abdelkader avait façonné cet espace à son image : un lieu où la rigueur le disputait à la vision, où la technique rencontrait la stratégie. Le vaste bureau en acajou sombre, poli par d’innombrables heures de travail, trônait au centre, tel un autel dédié à la décision. Sur les étagères, les rapports techniques côtoyaient des ouvrages de référence sur le management et la qualité, dont un exemplaire du « Total Quality Management and Operational Excellence » du Professeur John S. Oakland, dont les pages annotées témoignaient d’une lecture attentive et méditée. Les murs couleur crème, sobres et élégants, étaient ornés de lithographies délicates représentant des coupes géologiques, et d’une immense carte détaillant les bassins sédimentaires du sud algérien, un rappel constant de la complexité et de la richesse du sous-sol qu’ils avaient pour mission d’explorer et de comprendre.
Par les persiennes subtilement ajustées, la lumière du matin pénétrait en raies dorées, illuminant des parcelles du sol de marbre clair et créant des jeux d’ombre et de lumière mouvants. La vue plongeait sur le boulevard menant à la base de vie « 24 février », une véritable ville dédiée au soutien des opérations. Le ballet incessant des véhicules tout-terrain, des bus transportant les équipes vers les sites, des camions acheminant le matériel lourd, composait une chorégraphie fascinante, réglée par les impératifs du forage. Et, immuables, se dressaient à l’horizon quelques silhouettes métalliques des appareils de forage, grattant le ciel clair du désert, symboles de la quête d’hydrocarbures qui donnait sens à toute cette gargantuesque organisation.
Abdelkader, assis derrière son bureau, dégageait une impression de sérénité doublée d’une intensité palpable. Son regard perçant, était celui d’un homme qui avait passé des années sur le terrain, confronté aux réalités complexes et parfois brutales des opérations, mais qui avait su élever sa perspective pour embrasser une vision plus large. Il était connu pour sa capacité à voir au-delà de l’immédiat, à anticiper les évolutions, à insuffler une dynamique d’amélioration continue.
Ce matin-là, l’atmosphère dans le bureau était différente. Moins formelle que les briefings quotidiens, plus tendue, chargée d’une attente palpable. Autour de la table ronde en acajou, trois tasses de café chaud dégageaient leur arôme d’arabica, invitant à un échange plus profond, plus personnel. Noureddine BOUABDELLAH, le Coordinateur QHSE [1], un homme d’une rigueur intellectuelle et morale, dont le rôle dépassait largement la simple conformité aux normes de sécurité, était assis, son visage reflétant une concentration attentive. A ses côtés, Amar TOUBIA, un ancien ingénieur géologue qui maitrise les process métier et surtout, les subtilités de la surveillance géologique, plus vieux, mais dont le regard vif et la posture légèrement penchée en avant trahissaient une curiosité insatiable et une soif d’agir. Son rôle actuel, bien qu’important dans le suivi de la qualité des opérations, le laissait entrevoir la complexité du monde de la qualité sans lui en confier encore les rênes de manière pleine et entière.
Abdelkader rompit le silence, sa voix grave et posée, mais résonnant d’une conviction profonde :
– « Messieurs, je vous ai demandés aujourd’hui car je crois qu’il est temps de positionner notre activité Mud Logging à un niveau d’excellence qui n’est plus seulement une aspiration, mais une exigence fondamentale. Une exigence pour nous, pour nos clients, pour Sonatrach. »
Il marqua une pause, son regard balayant alternativement Noureddine et Amar, s’assurant qu’ils saisissaient la portée de ses paroles, ajouta :
– « Notre mission, comme vous le savez, est au cœur du processus de forage. »
Il désigna à nouveau la grande carte, un geste qui ancrait ses mots dans la réalité géographique et opérationnelle :
– « Nous sommes les capteurs de l’information en temps réel. C’est nous qui analysons les gaz hydrocarbures [2] remontés ainsi que les gaz potentiellement dangereux comme le H2S. Ces signatures chimiques nous renseignent sur la nature du réservoir et de ses risques. C’est nous qui analysons les cuttings [3] pour identifier les formations géologiques traversées, et chercher les indices de potentiel pétrolier. »
Il se pencha légèrement en avant, le ton se faisant plus didactique, décrivant les rouages essentiels de l’activité.
– « Nous monitorons et interprétons une multitude de paramètres techniques acquis en continu : la température et la densité de la boue, les pressions de fond et de refoulement, les vitesses d’avancement de l’outil [4], les niveaux des bacs de boue pour détecter d’éventuelles anomalies de gain ou de perte en volume, les caractéristiques rhéologiques et physico-chimiques de la boue … Toutes ces données collectées via des capteurs calibrés et fiables, convergent dans notre système d’acquisition pour nous permettre d’établir une image précise et dynamique de ce qui se passe à des milliers de mètres sous terre. Ces informations sont vitales, qu’elles soient en temps réel pour la sécurité immédiate ou en différé pour les rapports finaux. »
Il prit une gorgée de café, savourant l’amertume qui semblait faire écho à la dureté de l’environnement.
– « La finalité de notre processus », reprit-il, ses mots s’alignant sur la description formalisée de la mission de l’entité, « est de fournir le meilleur service Mud Logging disponible. Et ce ‘’ meilleur ‘’ a des implications directes, mesurables. Il doit permettre à nos clients de prendre des décisions efficaces. Nous ne devons pas faire de différence entre nos clients internes [5] et nos clients externes [6], les compagnies pétrolières qui travaillent en association avec Sonatrach. »
– « De réussir les forages dans les meilleurs délais, en toute sécurité, à coûts optimisés en évitant par exemple, les temps improductifs. Chaque donnée erronée une mauvaise identification lithologique, une concentration de gaz mal mesurée, un paramètre de forage mal enregistré, chaque retard de reporting, chaque panne sur un équipement … a un coût direct et des conséquences graves sur ces objectifs stratégiques majeurs. »
Noureddine intervint, son ton soulignant la convergence des objectifs entre qualité et sécurité.
– « L’aspect QHSE est intrinsèquement lié à cette finalité, Abdelkader. Un service Mud Logging de qualité, c’est un service qui garantit la fiabilité des informations de sécurité : la détection rapide des gaz, la surveillance des pressions anormales qui peuvent précéder un incident grave. Notre système de management QHSE, que nous déployons aussi, trouvera un appui essentiel dans une démarche qualité structurée. Les procédures de travail sûres telles que la manipulation des cuttings, le travail en zone ATEX [7], intervention sur les capteurs, la maintenance des équipements de sécurité tels que systèmes de détection de gaz, alarmes, systèmes d’arrêt d’urgence, sont étroitement liées au Mud Logging … tout cela s’intègre parfaitement. »
Abdelkader acquiesça, le regard assombri un instant par la pensée des risques inhérents à leur métier.
– « Exact ! C’est un ensemble. La sécurité des hommes et des installations, l’environnement notamment, la gestion des déchets de forage, la qualité opérationnelle telles que la fiabilité de l’acquisition, de l’analyse et de l’interprétation des données … Ce sont les piliers de l’excellence que nous devons atteindre. Et pour atteindre ce niveau, pour être reconnus non seulement en interne mais aussi par nos partenaires internationaux, nous devons adopter les standards les plus rigoureux. »
Il se pencha légèrement en avant, ses yeux fixant alternativement Noureddine et Amar.
– « Le contexte externe, en particulier, nous impose cette démarche. Regardez le marché. »
Il pensait à la courbe des parts de marché, cette image qui montrait la compétition intense avec les géants du service pétrolier. Il ajouta :
– « Weatherford, Geolog, Geoservices, Halliburton, et des entreprises comme CNLC … Ces acteurs majeurs sont, pour la plupart, certifiés ISO 9001. C’est un passeport technique et organisationnel. Une preuve de leur capacité à fournir un service de qualité constante, où qu’ils opèrent. Pendant ce temps, notre propre organisation, riche d’expérience et de savoir-faire accumulé, manque parfois de cette uniformité, de cette formalisation qui garantit la robustesse de nos processus. »
Il se leva et fit quelques pas, sa démarche mesurée mais pleine d’énergie contenue.
– « Notre Plan Moyen Terme 2012-2016 est clair sur les objectifs : accroître les forages, augmenter la production, mais aussi, et c’est fondamental, améliorer la qualité et la sécurité des ouvrages. Atteindre des niveaux de performance appréciables en termes de durée de forage, de productivité des puits. Comment pouvons-nous y parvenir sans un système de management performant ? Sans une maîtrise de nos propres processus, de l’acquisition des données à la livraison du rapport final ? »
Il revint vers la table, s’appuyant des deux mains sur le dossier de sa chaise, son regard parcourant les visages de Noureddine et Amar.
– « Je suis convaincu que la certification ISO 9001 est un des outils stratégiques qu’il nous faut. C’est le levier qui va nous permettre de ‘’ décliner les politiques de Sonatrach ‘’ en actions concrètes sur le terrain. De passer de l’intention à la pratique systématique. L’ISO 9001 n’est pas une finalité en soi mais va nous obliger à cartographier nos processus, du plus simple au plus complexe : de l’analyse quantitative des gaz [8] à l’élaboration du rapport final de puits en passant par l’analyse des diagraphies [9]. A les décrire précisément, à les optimiser, à les mesurer avec des indicateurs de performance, les fameux KPIs. A définir clairement les rôles et les responsabilités à chaque étape de la chaîne d’information. A s’assurer que chaque opérateur, chaque technicien de maintenance, chaque Data Engineer connaît exactement ce qu’il doit faire, comment il doit le faire, et pourquoi il le fait. »
Sa voix se fit plus intense.
– « Cela nous permettra d’identifier et de corriger les inefficacités, de réduire les erreurs, de garantir la traçabilité de nos données – un point technique crucial pour retrouver l’origine d’une mesure ou d’une observation. C’est un système qui s’appuie sur l’amélioration continue, qui nous pousse à nous remettre en question, à rechercher en permanence comment faire mieux. C’est un investissement, bien sûr. En temps, en effort, peut-être en ressources externes pour l’accompagnement. Mais c’est un investissement qui générera de la valeur à long terme. Une valeur mesurable en termes de fiabilité opérationnelle, de sécurité accrue, de satisfaction client renforcée et d’une meilleure contribution aux performances globales des forages. En somme, des décisions mieux éclairées. »
Il regarda Amar, le choisissant pour porter cette ambition.
– « Amar, votre rôle dans le suivi de la qualité des opérations vous a préparé à cela. Vous avez senti l’importance des processus structurés. Je veux que vous soyez l’architecte de notre propre système. Vous serez le Responsable du Système de Management de la Qualité pour ce projet de certification. Le pilote de cette transformation. Vous aurez la charge de coordonner toutes les actions nécessaires … de la rédaction des documentation et procédures à la formation des équipes sur site … de la mise en place des indicateurs aux audits internes. Vous travaillerez en étroite collaboration avec Noureddine pour garantir l’intégration des aspects QHSE. C’est un rôle central, exigeant, mais capital. »
Amar sentit l’émotion l’étreindre. C’était une marque de confiance extraordinaire, une opportunité de se dépasser. Il imaginait déjà les défis – la résistance au changement sur le terrain, la complexité de formaliser des savoir-faire parfois tacites (l’expérience d’un géologue aguerri), la nécessité de convaincre et de motiver des équipes dispersées. Mais l’idée de bâtir ce système, de voir l’activité Mud Logging de Sonatrach atteindre ce niveau de rigueur et d’excellence, le remplissait d’une énergie nouvelle.
– « Je mesure l’ampleur de la tâche, Monsieur le Directeur. Mais j’accepte ce défi avec plaisir et détermination. Je m’investirai pleinement pour faire de ce projet une réussite. »
Noureddine ajouta d’une voix ferme :
– « Félicitations Amar ! Pour ma part, je t’apporterai tout mon soutien. Les exigences normatives sont complexes, mais elles sont là pour garantir un niveau d’exigence élevé. Je t’aiderai à interpréter la norme, à l’adapter à nos spécificités, contraintes du terrain, nature des risques, et à l’intégrer de manière cohérente avec nos procédures sécurité et environnementales existantes. »
Abdelkader se rassit, un sourire de conviction aux lèvres.
– « Parfait ! Le premier pas est crucial. Nous n’allons pas réinventer la roue. D’autres au sein de Sonatrach ont déjà l’expérience de la certification. La Cellule Certification du CRD [10] à Boumerdès, a accompagné plusieurs entités. Leur expertise, leur méthodologie, et leurs retours d’expérience seront précieux. Ils ont mis en place des SMQ, mené des audits, préparé des certifications… Ils connaissent le chemin. »
Il tendit à Amar un carnet sur lequel il avait écrit un nom et un numéro.
– « Contacte Madame Chafia BENGHALEM, Responsable de la Cellule Certification au CRD. Présentez-lui notre projet, l’ambition qui le porte. Dites-lui que nous voulons faire de l’activité Mud Logging, une structure pilote pour la certification ISO 9001 au sein de la Division Forage, avec l’intention de généraliser cette démarche à d’autres structures par la suite. Nous voulons bénéficier de leur appui, de leur expertise. C’est notre premier pas concret. Ce sera un premier contact pour valider notre approche au sein de la grande famille Sonatrach. »
Il y avait dans le regard d’Abdelkader une étincelle, celle de l’initiateur d’un grand projet.
– « Ce sera un long chemin, Messieurs. Probablement une ou même deux années d’efforts intenses pour atteindre la certification initiale. Il y aura des résistances, des moments de doute. Transformer une culture prend du temps. Mais les bénéfices … Une meilleure maîtrise de nos processus métier, une fiabilité accrue de nos analyses et de nos rapports, une contribution plus efficace aux performances des forages, une satisfaction client renforcée et au final, la fierté de nos équipes de faire partie d’une entité d’excellence reconnue par les plus hauts standards mondiaux. C’est notre contribution aux buts visés par Sonatrach dans le cadre du PMT [11] 2012-2016. »
Il se leva à nouveau, un geste définitif.
– « La conquête de l’excellence est lancée. Elle commence ici, aujourd’hui, dans ce bureau. Amar, le premier contact est votre mission. Noureddine, votre appui sera essentiel. Je compte sur vous deux pour mener cette transformation. L’aventure de la qualité pour l’activité Mud Logging … elle commence maintenant. »
Dehors, le soleil du désert atteignait son zénith, baignant le paysage d’une lumière crue et implacable. A l’intérieur, l’air climatisé portait l’écho des mots d’Abdelkader, une vision ambitieuse, un défi accepté, une feuille de route tracée. La graine de la qualité était semée, promettant une transformation profonde au cœur des opérations pétrolières de Sonatrach.
Chapitre 2. Les premiers pas …
L’immensité ocre de Hassi Messaoud s’estompait derrière Amar à mesure que l’avion gagnait de l’altitude. Vue du ciel, la base de vie « 24 février » ressemblait à un organisme complexe posé sur le sable infini, relié au monde par des routes rectilignes et des pistes serpentines. Quitter le désert pour le nord, c’était un changement d’univers, un passage d’une réalité opérationnelle intense et parfois brutale à un monde différent, celui des centres d’expertise, des laboratoires et des normes. La mission confiée par Abdelkader résonnait en lui, porteuse à la fois d’un poids immense et d’une excitation nouvelle : prendre contact avec la Cellule Certification du CRD pour solliciter leur appui dans l’ambitieux projet de certification ISO 9001 de l’activité Mud Logging.
Après la réunion décisive dans le bureau d’Abdelkader, Amar avait appelé le numéro du CRD. Assis à son bureau, l’esprit encore imprégné des mots de son directeur « la quête de l’excellence », « structure pilote », « fiabilité des données », « satisfaction client interne et externe » … Il sentait une légère appréhension. Il allait s’adresser à des experts dont il ne connaissait que le nom et la réputation, des personnes familières des arcanes des normes internationales. Il s’était préparé, relisant les documents sur l’ISO 9001 qu’il avait pu trouver, essayant de structurer la présentation de l’activité Mud Logging et des enjeux.
– « Cellule Certification du CRD, Madame BENGHALEM. » La voix au bout du fil était claire, posée, émanant d’une assurance tranquille qui trahissait l’habitude des échanges formels, mais sans la moindre froideur. Chafia, la responsable de cette cellule, était l’interlocutrice désignée.
Amar se présenta, sa voix un peu hésitante au début, puis gagnant en assurance à mesure qu’il décrivait la démarche initiée par la Direction Mud Logging. Il exposa la vision : faire de l’activité Mud Logging de Sonatrach une référence en matière de qualité, en s’appuyant sur la norme ISO 9001 pour structurer les processus techniques et organisationnels. Il souligna l’importance cruciale de leur activité pour la sécurité des forages et la prise de décisions éclairées d’où la nécessité de garantir la fiabilité des données techniques face aux exigences croissantes du marché et des clients.
Chafia l’écouta attentivement, posant des questions pertinentes qui montraient qu’elle saisissait rapidement les subtilités de l’activité. Elle s’enquit des étapes déjà envisagées, des premières réflexions sur le périmètre de la certification. Son ton était encourageant, validant la pertinence de la démarche.
– « C’est une excellente initiative, Monsieur TOUBIA, » affirma-t-elle. « L’activité Mud Logging est par nature très sensible à la qualité de l’information. Chaque donnée doit être fiable et transmise en temps voulu. La norme ISO 9001 est parfaitement adaptée pour structurer et fiabiliser vos processus, de la collecte de données sur le chantier à leur interprétation. Au CRD, et plus spécifiquement au sein de la Division Laboratoires, nous avons développé une expertise solide en matière de systèmes de management de la qualité et par la qualité. »
– « Nous avons notamment une expérience significative avec l’accréditation ISO/CEI 17025, une norme très exigeante pour les laboratoires d’essais et d’étalonnage, qui requiert une maîtrise parfaite de la compétence technique et de la fiabilité des mesures. Les procédures d’étalonnage des équipements, la validation des méthodes d’analyse, la gestion de l’incertitude de mesure… ces concepts sont au cœur de la 17025, et l’ISO 9001 nous a servi de base essentielle pour cette démarche d’accréditation. »
Elle expliqua brièvement que le CRD était prêt à partager cette expérience et à accompagner la Direction Mud Logging. L’idée que le CRD, connu pour son excellence technique et sa rigueur normative en matière de laboratoire et de mesure, soit disposé à les aider concrètement, apporta à Amar un sentiment de légitimité et de confiance accrue dans la faisabilité du projet. Un rendez-vous fut fixé au CRD pour le 3 juillet 2011.
Le voyage vers Boumerdès quelques semaines plus tard fut plus qu’un simple déplacement. C’était une immersion progressive dans un environnement différent. L’avion atterrit, et l’air, plus humide, plus doux, porteur d’une légère odeur saline, enveloppa Amar. La transition des étendues infinies et arides du Sahara aux paysages plus verdoyants, aux reliefs plus doux de la côte algérienne, opérait aussi une transition mentale. Il laissait derrière lui le monde brutal de l’opérationnel pour s’approcher du monde des normes, des systèmes, de la formalisation. Pendant le trajet en voiture vers Boumerdès, il révisa mentalement sa présentation, les points clés à aborder, les questions qu’il souhaitait poser.
Le Centre de Recherche et de Développement à Boumerdès n’avait pas l’allure massive et fonctionnelle des bases opérationnelles du sud. Les bâtiments étaient plus disséminés, entourés d’espaces verts. L’atmosphère, dès l’entrée, était différente : plus calme, plus studieuse. Le son des conversations était feutré, l’agitation moins visible. C’était un lieu dédié à l’analyse, à la réflexion, à l’expertise technique.
Amar fut accueilli à la réception et conduit à la Cellule Certification. Il y fut reçu par Mme. Chafia BENGHALEM et Mlle. Khadidja BOUZIANE. Khadidja, Ingénieur Environnement au sein de la Cellule Certification, avait un air vif et une concentration palpable. Elle représentait une expertise technique et normative, complétant l’expérience managériale de Chafia.
La salle de réunion était sobre et fonctionnelle. Autour d’une table, des dossiers étaient soigneusement disposés. Chafia et Khadidja accueillirent Amar avec professionnalisme et une chaleur qui le mit rapidement à l’aise.
La réunion commença selon l’ordre du jour défini. Amar, légèrement nerveux au début, s’efforça de présenter avec clarté les actions entamées dans le cadre de la certification ISO 9001. Il décrivit la vision d’Abdelkader, l’analyse du contexte concurrentiel et des exigences clients qui avaient motivé la démarche. Il expliqua la nature essentielle de l’activité Mud Logging, les processus métiers clés ([12]) et souligna leur importance cruciale pour la sécurité et la prise de décision des clients. Il parla des premières sensibilisations menées en interne, de l’accueil – prudent mais intéressé – des équipes face à l’idée de formalisation.
Chafia et Khadidja écoutaient avec une attention soutenue, posant des questions pertinentes qui montraient leur capacité à transposer leurs connaissances des systèmes qualité à un domaine technique qui n’était pas leur spécialité première. Elles s’intéressaient aux interactions entre les différentes fonctions impliquées dans le Mud Logging (géologues de surface, mudloggers, Data Engineers acquisition, opérateurs d’unité, équipes de maintenance), aux types d’équipements de mesure utilisés, à la nature des rapports produits (rapports journaliers, rapports de fin de puits, rapports d’incidents).
– « Votre activité est un excellent cas d’étude pour l’application de l’ISO 9001, Monsieur TOUBIA, » commenta Chafia. « La chaîne de l’information, depuis la mesure sur le chantier, la collecte et l’enregistrement des données par le système d’acquisition, jusqu’à l’interprétation de ces données par le géologue/data engineer à des fins de prise de décisions par le client, est complexe et nécessite une maîtrise parfaite à chaque étape. L’approche processus, qui est au cœur de l’ISO 9001, vous permettra de modéliser cette chaîne, d’identifier les points critiques où la qualité des données est primordiale, et de mettre en place des mécanismes de contrôle et d’amélioration. »
Khadidja intervint alors, apportant l’éclairage de l’expérience de la Division Laboratoires.
– « Notre parcours avec l’accréditation ISO 17025 nous a beaucoup appris sur la rigueur nécessaire pour garantir la fiabilité des résultats d’analyse et de mesure. Nous avons dû mettre en place des procédures strictes pour l’étalonnage et la vérification de nos instruments, la validation de nos méthodes d’analyse, la qualification de notre personnel technique. »
Elle expliqua le cheminement de la Division Laboratoires : la mise en place progressive du SMQ dès 2003-2004, les différentes phases (évaluation initiale, diagnostic, construction du système documentaire, mise en œuvre), jalonnées par des audits externes (évaluation Cofrac en 2007, évaluation complémentaire en 2009) jusqu’à l’accréditation en 2009. Elle insista sur le principe directeur ayant guidé leur démarche :
– « Il faut formaliser les bonnes pratiques, les appliquer de manière cohérente sur tous les sites, et conserver les preuves que cela a été fait. »
Elle établit des parallèles clairs avec le Mud Logging.
– « Dans votre activité, la précision des mesures est fondamentale pour la sécurité et la prise de décisions opérationnelles. L’ISO 9001 vous aidera à maîtriser la métrologie de vos équipements, à standardiser vos méthodes d’analyse, à garantir la compétence de votre personnel pour les tâches critiques. Notre expérience montre que l’ISO 9001 a été la fondation sur laquelle la Division Laboratoires a bâti son système qualité pour l’ISO 17025, prouvant que cette norme est un socle solide pour des activités techniques exigeantes. »
La discussion s’orienta ensuite vers la ‘discussion sur le contenu des prestations du cabinet conseil. Comment choisir le bon ?
– « Le cabinet devra non seulement maîtriser l’ISO 9001, mais aussi comprendre les spécificités du Mud Logging, ses termes techniques, ses processus opérationnels uniques sur le terrain, » conseilla Chafia. « Son approche devra être pragmatique, adaptée à la réalité du terrain, capable de travailler avec des équipes opérationnelles et techniques dans des conditions parfois difficiles. Il devra vous aider à rédiger la documentation – le Manuel Qualité, les procédures métiers clés – mais aussi à former vos équipes et à préparer les audits. »
Khadidja ajouta :
– « Je peux vous fournir un canevas pour l’annexe technique de votre appel d’offres pour le cabinet conseil. Nous y avions inclus des exigences précises sur la compréhension par le consultant des processus techniques de laboratoire et la maîtrise de la documentation associée. Vous pourrez l’adapter à vos besoins spécifiques. »
L’identification des besoins en formation fut un autre point clé. Au-delà de la sensibilisation générale, il fut question de formations plus spécifiques. La formation des auditeurs internes fut jugée essentielle.
– « Il faut former vos propres équipes aux techniques d’audit (comment interroger, comment vérifier les preuves objectives), » insista Chafia. « Des auditeurs qui connaissent le métier, qui parlent le même langage que les opérateurs sur le terrain, sont bien plus efficaces pour identifier les écarts et les opportunités d’amélioration concrètes, car ils comprennent les réalités opérationnelles. »
La formation à l’analyse des risques fut également recommandée, en la liant aux processus critiques du Mud Logging.
La « conduite du changement » fut abordée comme le défi majeur, souvent sous-estimé dans de tels projets. Chafia et Khadidja, ayant vécu la transformation de la Division Laboratoires, partagèrent leur expérience.
– « La résistance au changement est naturelle, les gens ont leurs habitudes, » expliqua Chafia. « Il faut un engagement visible et constant de la direction, une communication transparente sur les objectifs et les bénéfices pour les équipes, une implication du personnel à toutes les étapes du projet depuis la rédaction des procédures jusqu’aux audits. Ce n’est pas un projet de plus, c’est une nouvelle manière de travailler, une culture à ancrer. »
La mise en place d’une « structure organisationnelle » pour le projet fut formalisée. Un « comité de pilotage » réunissant la Direction Mud Logging, les pilotes des processus clés et des représentants des équipes terrain fut jugé indispensable pour le suivi et la prise de décision. Le rôle d’Amar en tant que « Responsable Management Qualité, représentant de la Direction chargé du suivi et de la coordination des travaux du comité » fut inscrit dans les minutes de la réunion. Sa mission dépassait désormais largement le simple suivi des prestataires ; il devenait le chef d’orchestre de la transformation interne.
Les « priorités d’actions » pour les mois à venir furent définies : la réalisation d’une « cartographie des processus » détaillée de l’activité Mud Logging incluant les processus de réalisation, les processus supports ainsi que les processus pilotage, la rédaction du « Manuel Qualité », le document de référence du SMQ et l’élaboration des procédures opérationnelles clés – autant de documents essentiels qui allaient formaliser la manière de travailler sur les sites de forage et au siège. Des « indicateurs de performance » devaient être définis pour mesurer l’efficacité du système comme par exemple, le taux de non-conformités dans les rapports, la disponibilité des équipements critiques, le temps de transmission des alertes, etc.
La discussion aborda également les coûts et les délais. Sur la base de leur expérience, les responsables du CRD estimèrent qu’un délai de 18 mois était réaliste pour atteindre la certification initiale, soulignant que cela dépendrait fortement de la mobilisation des ressources internes et de l’engagement des équipes.
Alors que la réunion touchait à sa fin, le téléphone portable d’Amar sonna. C’était Abdelkader. Il souhaitait s’entretenir directement avec Chafia. Amar lui passa le téléphone, un sentiment mêlé de fierté et de l’importance de l’instant l’envahissant. Le fait que le Directeur prenne le temps, depuis Hassi Messaoud, d’appeler pendant cette réunion montrait son implication personnelle et la haute priorité qu’il accordait au projet.
Chafia écouta Abdelkader, son visage s’éclairant d’un sourire chaleureux.
– « Oui, Monsieur le Directeur, absolument. Votre proposition est excellente. Venir à Hassi Messaoud, voir vos installations, vos unités de Mud Logging sur les site de forage, rencontrer vos équipes sur le terrain… C’est essentiel pour nous. Pour mieux appréhender votre environnement opérationnel et adapter nos conseils à vos spécificités. » Elle marqua une pause, écoutant attentivement.
– « Oui, et cela nous permettra en effet de préparer au mieux la grande journée d’information et de sensibilisation pour toute l’Activité Amont que vous envisagez. Nous serions ravies de programmer cette visite prochainement. »
Raccrochant, elle se tourna vers Amar et Khadidja avec enthousiasme.
– « Votre Directeur est un véritable moteur ! C’est un atout immense. La visite à Hassi Messaoud sera cruciale. Nous pourrons y rencontrer les équipes, observer les processus en action, l’utilisation des unités de Mud Logging et de leurs systèmes d’acquisition de données. Et préparer ensemble la journée de sensibilisation, qui s’annonce comme un événement majeur pour l’Activité Amont. »
La réunion se leva peu après midi. Amar quitta le CRD avec l’esprit structuré par la discussion. Il avait reçu des conseils précieux, une méthodologie, celle basée sur l’approche processus de l’ISO 9001 et la rigueur technique de l’ISO 17025 et surtout, l’assurance d’un soutien expert. L’appropriation de l’expérience du CRD avec l’ISO 17025, avait rendu les concepts de l’ISO 9001 plus concrets, plus liés à la réalité technique et à la fiabilité des données de Mud Logging. Le projet ne semblait plus seulement ambitieux, mais réalisable. Le chemin vers la certification était tracé, jalonné par les étapes définies aujourd’hui : cartographie des processus, rédaction documentaire, formation, audits internes. Le premier pas concret, le contact avec l’expertise interne de Sonatrach, était un succès.
Dans le train du retour vers le nord, puis dans l’avion pour Hassi Messaoud, Amar ne regarda pas le paysage défiler avec la même appréhension qu’à l’aller. Il parcourait ses notes, son esprit déjà au travail, imaginant la cartographie des processus, comment modéliser le flux de données, les premières procédures à rédiger. L’aventure de la qualité, lancée par la vision d’Abdelkader, prenait maintenant son élan, guidée par l’expertise partagée et la promesse d’une transformation profonde. Le désert l’attendait, prêt à accueillir cette nouvelle conquête de l’excellence.
Chapitre 3. La mobilisation interne
Loin de l’immensité dorée et de la chaleur sous-jacente de Hassi Messaoud, l’hiver algérois en ce lundi 8 janvier 2012, se manifestait par un froid sec qui s’accrochait aux manteaux. Le ciel était gris couvrait tout le trajet entre Alger et Boumerdès, donnant à la lumière une impression mélancolique. C’est au siège de la Division Laboratoires, située dans les locaux historiques de l’ex-CRD à Boumerdès, que se tenait une réunion cruciale.
La salle VIP, spacieuse et lumineuse malgré le ciel plombé, dégageait une atmosphère de formalisme confortable. Les fauteuils en cuir sombre entouraient une grande table ovale en bois poli, sur laquelle étaient disposés avec soin des blocs-notes, des stylos et des bouteilles d’eau minérale. L’air y était climatisé, filtrant les bruits de la ville pour n’en laisser parvenir qu’un lointain murmure. Des cadres discrets ornaient les murs, présentant des organigrammes ou des photos de projets industriels.
Autour de la table, une douzaine de personnes prenaient place, représentant une mosaïque d’expertises et d’entités au sein de l’Activité Amont de Sonatrach, mais aussi leurs partenaires essentiels. Les organisateurs, issus de la Cellule Certification de l’Activité Amont, étaient présents : Chafia, au leadership rassurant et Khadidja, l’ingénieur environnement au regard vif et à l’esprit visiblement analytique. Face à eux se trouvaient les initiateurs du projet de certification ISO 9001 de l’activité Mud Logging : Abdelkader, le Directeur, dont la posture droite et le regard déterminé inspiraient le respect ; Noureddine, le Coordinateur QHSE, méthodique et attentif ; et Amar, le Responsable Management Qualité, dont l’enthousiasme naissant pour son nouveau rôle de pilote de projet, prêt à saisir chaque mot.
La Division Laboratoires, en tant qu’hôte, était représentée en force par son Directeur, M. Azzedine RADJIB, un homme à l’allure bienveillante et au ton chaleureux, accompagné de Mme. Nadia BOUKHARI, Chef du Département QHSE, et Mme. Karima BENBOULAID, Ingénieur Qualité. Leur présence soulignait le lien étroit entre la démarche qualité du Mud Logging et l’expertise normative et technique développée au sein des laboratoires, notamment en matière de mesures et d’analyses.
Mais la particularité de cette réunion résidait dans la participation des représentants des sociétés de services Mud Logging, partenaires essentiels de Sonatrach sur le terrain : M. Damian PASCAL, Quality Manager chez Geoservices ; Mme. Sabrina BOULEKSOUR et M. Amine NEGHIM de Weatherford ; des représentants de Geolog et de Sagemines. Voir ces acteurs majeurs du marché, souvent en concurrence pour les contrats, réunis dans une même salle pour un objectif commun de promotion de la qualité, créait une dynamique intéressante, un mélange de courtoisie professionnelle et d’une volonté partagée de faire avancer le secteur. Les cartes de visite s’échangeaient discrètement avant le début de la séance, brisant la glace.
M. Azzedine RADJIB ouvrit la réunion, sa voix remplissant l’espace avec une autorité naturelle teintée d’une réelle cordialité.
– « Mesdames et Messieurs, chers collègues, chers partenaires, soyez les bienvenus dans les locaux de la Division Laboratoires. C’est un réel plaisir et un honneur de vous accueillir aujourd’hui pour préparer cette journée d’information et de sensibilisation qui, nous l’espérons, marquera les esprits au sein de toute l’Activité Amont. »
Il marqua une pause, son regard allant d’Abdelkader aux représentants des sociétés de services.
– « Nous sommes ici pour soutenir et structurer. La démarche de certification ISO 9001 de la Direction Mud Logging, portée avec une détermination manifeste par Monsieur BAAZIZ, est une excellente nouvelle. Elle démontre la volonté de Sonatrach de s’aligner sur les meilleurs standards internationaux en matière de gestion de la qualité. »
– « A la Division Laboratoires, nous avons nous-mêmes parcouru ce chemin exigeant avec l’accréditation ISO 17025 de nos laboratoires. Nous savons combien un Système de Management de la Qualité robuste, avec l’ISO 9001 comme fondement, est essentiel dans un marché de plus en plus exigeant et compétitif. Cette démarche, comme l’indique l’une de nos présentations, est devenue un critère de performance et un facteur de concurrence indispensable. »
Abdelkader remercia Azzedine pour son accueil et son soutien. Puis, avec un ton mesuré, il reprit le fil, rappelant l’objectif de la journée du 15 février à Hassi Messaoud.
– « Nous voulons une journée percutante. Une journée qui ne se contente pas de présenter la norme ISO 9001, mais qui explique pourquoi elle est cruciale pour nous, pour l’activité Mud Logging, pour l’Activité Amont, et pour Sonatrach dans son ensemble. Nous devons montrer les bénéfices concrets, dissiper les appréhensions, mobiliser l’ensemble des acteurs. » Il réaffirma le choix stratégique de l’ISO 9001, par rapport à l’ISO 17025 qui serait plus spécifique aux laboratoires et à la métrologie, bien que très pertinente pour certains aspects du Mud Logging.
– « L’ISO 9001 nous permet d’adopter une approche processus globale. Couvrir l’ensemble de notre chaîne de valeur, de la planification de la mission sur un puits à la livraison du rapport final, en passant par l’interaction avec le forage, la gestion des équipes, la maintenance des équipements de surface et des capteurs … C’est cette vision systémique qui est fondamentale pour nous pour garantir la fiabilité de l’ensemble de nos livrables. »
Chafia proposa une structure pour la journée afin de maximiser son impact.
– « Nous aurons besoin d’une introduction forte par les hautes instances de l’Activité Amont. Puis, une présentation générale sur les Systèmes de Management de la Qualité par le CRD et la Cellule Certification. Le cœur de la journée sera la présentation détaillée du projet Mud Logging par la Direction elle-même. Et un moment très important : les témoignages des sociétés de services. » Elle marqua une pause, regardant les représentants des partenaires.
– « Votre expérience, Mesdames et Messieurs, est essentielle pour rendre la démarche concrète. Vous avez déjà vécu la mise en place et le maintien d’un SMQ ISO 9001 dans notre métier, qui implique des technologies spécifiques. Vos retours d’expérience auront un poids particulier auprès de l’audience de Sonatrach. »
La proposition fut accueillie favorablement. Damian de Geoservices fut le premier à s’exprimer sur sa participation.
– « Pour nous, être certifié ISO, c’est avant tout une vérification de nos processus qualité existants, une structuration de ce que nous faisions déjà. C’est aussi un besoin commercial, pour répondre aux exigences du marché et des clients comme Sonatrach. Nous pouvons partager notre expérience sur les difficultés rencontrées – et elles existent – notamment l’implication des employés et de la direction au quotidien pour faire vivre le système. Et parler du travail nécessaire pour maintenir la certification, qui exige une équipe dédiée et un engagement constant dans l’amélioration continue. »
Sabrina de Weatherford intervint avec dynamisme.
– « Chez Weatherford, l’excellence est au cœur de notre culture, avec notre Enterprise Excellence Policy. L’ISO 9001 s’inscrit dans cette démarche globale. Nous pouvons témoigner de l’importance de la satisfaction client. »
– « Notre système de suivi de performance pour les non-conformités et les actions correctives et préventives dite CAPA, ainsi que notre communication interne via le ‘’ Weatherford Exchange ‘’, sont des outils concrets issus de notre démarche qualité que nous pouvons présenter. Nous pouvons illustrer comment cela impacte directement la fiabilité de nos données de Mud Logging et la rapidité de nos alertes. »
Son collègue, Amine, hocha la tête en signe d’approbation.
Le représentant de Geolog prit la parole, soulignant leur longue expérience internationale.
– « Geolog est présent dans plus de 30 pays, avec 30 ans d’expérience en Mud Logging. Nous sommes certifiés ISO 9001 depuis 1999. La qualité pour nous, c’est avant tout organiser son travail de façon structurée selon des processus bien définis. Nous pouvons présenter la valeur ajoutée concrète que nous avons tirée : meilleure communication interne et inter-structures c’est-à-dire, entre les bases et les unités terrain, clarté des responsabilités, confiance accrue des clients basée sur la fiabilité de nos services, amélioration des performances globales qui comprend : efficacité opérationnelle, réduction des temps d’arrêt. Nous pouvons même illustrer cela avec notre procédure informatisée de gestion des non-conformités, qui nous permet de suivre chaque incident. »
Le représentant de Sagemines, apportant une perspective française, mit l’accent sur l’approche méthodologique et les pièges à éviter.
– « Nous pouvons détailler notre approche organisationnelle et technique : impliquer la direction et le personnel dans un projet commun, mesurer l’efficacité des décisions basées sur nos données, anticiper les non-conformités en partant du client, écrire ce que l’on fait et le remettre en cause pour identifier les points à améliorer. »
Il souligna l’importance de la communication et de la formation continue du personnel, cruciale pour garantir la qualité des données de Mud Logging.
Khadidja présenta ensuite la participation de la Division Laboratoires.
– « Nous pouvons partager notre expérience de la démarche d’accréditation ISO 17025, » expliqua-t-elle, son ton précis reflétant son expertise technique.
Elle détailla le parcours de la Division Laboratoires : la mise en place progressive du SMQ dès 2003-2004 ainsi que les étapes clés jusqu’à l’accréditation en 2009 : évaluation, diagnostic, construction, mise en œuvre. Elle insista sur la rigueur imposée par la 17025 pour les laboratoires, notamment en matière de compétence technique du personnel à travers des évaluations régulières, de validation des méthodes d’analyse afin de s’assurer qu’elles donnent des résultats fiables et surtout, de maîtrise de la métrologie et de l’incertitude de mesure tel que l’étalonnage traçable, le calcul d’incertitude pour chaque mesure.
Le programme de la journée du 15 février prit forme, nourri par ces échanges. Une introduction par les hautes instances, la présentation du CRD/Cellule Certification, la présentation détaillée du projet Mud Logging par Abdelkader et Amar, les témoignages des sociétés de services, et enfin, un large temps dédié à un débat général pour répondre aux questions de l’audience.
La discussion s’orienta alors sur les thèmes clés à aborder lors de ce débat, pour susciter les questions et approfondir les sujets variés tels que la Culture Qualité, Évaluation des Fournisseurs, Écoute Client, Système Documentaire, Métrologie et Qualification du Personnel.
Chaque thème fut débattu brièvement, chaque participant apportant son éclairage basé sur son expérience. La convergence des préoccupations, malgré la diversité des structures, était frappante. L’importance de l’implication de la direction fut souvent soulignée, de même que celle de la communication avec les équipes terrain, qui sont au contact direct des opérations et des données brutes.
Alors que la réunion touchait à sa fin, la question pratique de la date revint sur la table. La proposition initiale du 31 janvier, fut définitivement écartée.
– « La logistique de l’événement, les invitations, la confirmation des intervenants… Il faut laisser le temps nécessaire pour que tout soit parfait, » souligna Chafia.
La date du 15 février fut confirmée comme étant le choix le plus réaliste, sous réserve de validation formelle par le Vice-Président. L’envoi des invitations officielles allait suivre rapidement.
La réunion se termina peu après midi. Azzedine réitéra ses remerciements. Abdelkader salua l’engagement de tous. En quittant la Salle VIP de la Division Laboratoires, Amar ressentait une fatigue certaine, mais aussi une satisfaction profonde. La préparation de la journée clé était un succès. Il avait vu des acteurs majeurs, de différentes entités de Sonatrach et des sociétés de services, se mobiliser pour un objectif commun. L’expertise du CRD, notamment l’expérience des Laboratoires avec la rigueur de la 17025 pour les mesures et analyses, avait apporté un éclairage précieux. Les témoignages des sociétés de services avaient rendu la démarche ISO 9001 concrète, pragmatique, axée sur les bénéfices opérationnels. Les thèmes du débat (métrologie, gestion documentaire terrain, qualification) promettaient des échanges riches à Hassi Messaoud. L’élan était là. La mobilisation interne était en marche, prête à converger le 15 février pour cette journée qui allait marquer le début d’une nouvelle ère pour l’Activité Amont.
Chapitre 4. Le jour J – Sensibilisation et adhésion
L’aube du 15 février 2012 se leva sur Hassi Messaoud avec la clarté implacable propre au désert. Le soleil, encore bas sur l’horizon, peignait les dunes et les installations pétrolières d’une lumière dorée, annonçant une journée chaude et sans nuage. Mais l’atmosphère, à la base de vie « 24 février », était chargée d’une électricité particulière. L’effervescence habituelle, rythmée par les départs et arrivées des équipes sur les chantiers, s’était muée en une anticipation différente. C’était le jour de la grande journée d’information et de sensibilisation à la démarche qualité, un événement qui allait mettre en lumière le projet de certification ISO 9001 de l’activité Mud Logging devant l’ensemble de l’Activité Amont de Sonatrach.
Devant la salle de conférence, des agents de sécurité et des membres de l’équipe d’organisation guidaient les nombreux participants qui affluaient. Des véhicules de service aux logos familiers des différentes divisions de l’Activité Amont de Sonatrach, côtoyaient ceux des filiales ENTP, ENSP ou encore NAFTAL et des partenaires stratégiques, les sociétés de services Mud Logging : Weatherford, Geolog, Geoservices, Sagemines. L’air résonnait d’un murmure de voix, mélange de salutations professionnelles, d’exclamations de surprise à la vue de certains participants, et de questions curieuses sur le programme de cette journée dédiée à la qualité dans les opérations.
A l’intérieur, la salle avait été métamorphosée. Les rangées de sièges bleus faisaient face à une scène où trônait un pupitre orné du logo de Sonatrach. Derrière, un grand écran de projection attendait d’être illuminé. Sur les côtés, des kakemonos rappelaient les valeurs de l’entreprise : sécurité, performance, engagement. Des tables d’accueil impeccables offraient les badges nominatifs, les programmes détaillés de la journée, et des brochures informatives sur l’ISO 9001, préparées avec soin par la Cellule Certification. L’atmosphère était à la fois formelle et chargée d’une énergie palpable, un mélange d’attente, peut-être d’un certain scepticisme face à une « journée qualité » de plus, mais aussi d’une curiosité sincère attisée par la présence des hautes instances et des partenaires.
Les organisateurs s’affairaient aux derniers préparatifs : vérifier les micros, s’assurer que les présentations étaient chargées sur l’ordinateur, ajuster l’éclairage.
Amar, bien qu’ayant dormi peu la veille, sentait l’adrénaline monter. C’était le grand jour. Le projet qu’il pilotait, né dans le bureau d’Abdelkader, allait être présenté à une large audience, évalué, débattu. L’enjeu était immense : convaincre, fédérer, transformer une vision en un élan collectif.
L’arrivée des hautes instances fit monter la tension d’un cran. Le Vice-Président de l’Activité Amont, sa seule présence conférant un poids considérable à l’événement, entra dans la salle, droit et souriant, saluant de la tête les personnes présentes. A ses côtés, suivaient les Directeurs de Division, dont Azzedine, Directeur de la Division Laboratoires, et bien sûr Abdelkader, qui échangea un regard complice avec Amar. La salle se remplit rapidement. Les conversations cessèrent. Les lumières s’atténuèrent légèrement.
Abdelkader s’avança vers le pupitre. Sa posture était celle d’un homme qui portait une conviction profonde. Son regard balaya l’audience, s’arrêtant sur les visages familiers de ses équipes et sur ceux, plus formels, des dirigeants et partenaires.
– « Monsieur le Vice-Président, Messieurs les Directeurs, Mesdames et Messieurs, Honorables invités, chers collègues, chers partenaires, bonjour. Soyez les bienvenus ici, à Hassi Messaoud, au cœur de nos opérations de forage. » Sa voix était calme, mais puissante, captivant immédiatement l’attention.
– « C’est avec une immense fierté que nous vous accueillons aujourd’hui pour parler de quelque chose d’essentiel pour notre avenir : la Qualité. »
Il exposa la vision de sa Direction, reprenant les termes de son discours préparé.
– « La Division Forage, en ligne avec les politiques stratégiques de Sonatrach, s’engage résolument dans la modernisation de ses modes de management. Et nous avons fait un choix fort. Nous avons désigné l’activité Mud Logging, une activité critique par sa position à l’interface du forage et de la géologie et par les informations techniques qu’elle génère en temps réel, comme structure pilote pour l’implémentation d’un Système de Management de la Qualité selon la norme ISO 9001. »
Il marqua une pause, laissant le poids de ces mots résonner.
– « L’intention est claire : ce projet servira de référence pour généraliser cette démarche de certification à d’autres structures de la Division Forage, contribuant ainsi à l’atteinte des niveaux de performance appréciables visés par Sonatrach dans le cadre du PMT 2012-2016 (Plan Moyen Terme). »
Il souligna l’articulation de cette démarche avec le déploiement parallèle d’un Système QHSE.
– « Le but recherché est de comprendre et d’activer tous les leviers qui génèrent la création de valeur. Et le Management de la Qualité, en s’appuyant sur un système performant comme l’ISO 9001, est un levier fondamental. Notre activité évolue dans un environnement à haut risque : hautes pressions, hautes températures, gaz dangereux. La Qualité n’y est pas une option, mais une exigence. »
Il rappela pourquoi :
– « Une exigence pour l’accompagnement des projets Sonatrach en Algérie et à l’international. Pour la satisfaction de nos clients internes et nos associés externes qui attendent des services de pointe. Pour l’amélioration continue de la qualité de nos services Mud Logging, qui occupent une position incontournable sur les chantiers de forage. »
Il insista sur l’impact direct de leur travail.
– « La multiplicité des informations que nous fournissons, en temps réel et en différé, permet de prendre des décisions urgentes et importantes pour le forage est donc vitale pour la sécurité et l’efficacité des opérations. »
Il termina son discours avec une ferme détermination.
– « C’est dans cette optique, et dans le sillage de Monsieur le Vice-Président, que nous manifestons notre engagement total pour ce Projet. La Qualité reste un défi qui nous permettra d’atteindre ces niveaux de performances appréciables. Je vous remercie de votre aimable attention et vous souhaite plein succès à ces travaux. »
Le Vice-Président de l’Activité Amont prit la parole. Sa présence et ses mots validaient l’importance stratégique de l’initiative. D’une voix autoritaire mais encourageante, il insista sur la vision de Sonatrach :
– « L’excellence opérationnelle est au cœur de nos objectifs. Adapter nos modes de management aux standards internationaux, comme l’ISO 9001, n’est pas une simple option, c’est une nécessité pour renforcer notre compétitivité, garantir la fiabilité de nos opérations, et répondre aux exigences d’un marché mondial. Le projet de la Direction Mud Logging est un exemple concret de cette volonté. Il s’inscrit parfaitement dans notre stratégie globale. »
Son discours, plus bref, laissa transparaître l’alignement de la Direction Générale avec la démarche qualité, un signal fort pour toute l’audience présente, notamment les autres divisions et les partenaires.
Chafia prit la parole pour présenter les objectifs de la journée, avec sa clarté habituelle :
– « Cette journée vise à informer, à sensibiliser, et à partager l’expérience. Nous utiliserons le projet de certification ISO 9001 de la Direction Mud Logging comme fil rouge, car c’est une activité technique très parlante pour l’ensemble de l’amont, mais l’idée est de montrer que la démarche qualité concerne tous les acteurs de la branche. Les principes s’appliquent partout. »
Puis, le Président de l’ALGERAC, l’organisme algérien d’accréditation, invité spécial, s’exprima. Sa présence symbolisait l’importance nationale accordée aux normes et à la qualité. D’une voix posée, il parla de l’accréditation et de la certification comme de vecteurs de confiance et de reconnaissance, tant en interne qu’à l’international. Il souligna que l’ISO 9001, bien au-delà de la conformité à des exigences, était un moteur de changement, une véritable transformation culturelle au sein de l’entreprise, exigeant l’engagement de tous les échelons hiérarchiques et opérationnels. Son discours apporta une dimension institutionnelle et une légitimité supplémentaire à la démarche engagée par la Direction Mud Logging.
Le moment central approchait : la présentation détaillée du projet par Amar. Il s’avança au pupitre. Un léger filet de sueur perlait sur son front malgré la climatisation. Il inspira profondément. C’était son moment. Son support de présentation s’afficha sur l’écran : des schémas, des graphiques et surtout, des photos des équipes sur le terrain, au travail, dans les conditions parfois extrêmes.
Il commença par présenter l’activité Mud Logging, son rôle vital, les processus métiers clés. Il décrivit l’approche adoptée pour la mise en place du SMQ depuis le diagnostic initial, la conception d’un système sur mesure adapté aux spécificités du Mud Logging, la mise en œuvre progressive sur tous les sites. Il évoqua les défis, avec honnêteté : la résistance naturelle au changement en citant la fameuse phrase qui tue : ‘’ on a toujours fait comme ça ‘’, la complexité de formaliser des savoir-faire qui étaient devenus intuitifs pour les équipes, la nécessité d’une formation intensive aux nouvelles procédures ou à de nouveaux outils. Mais il s’attarda surtout sur les bénéfices concrets, les résultats attendus qui commençaient déjà à se manifester même avant la certification formelle.
– « En standardisant nos processus, en formalisant nos procédures, comment renseigner une fiche de suivi d’équipement en s’assurant que toutes les informations nécessaires sont capturées, comment structurer un rapport journalier avec des sections claires et des données présentées de manière cohérente – nous avons apporté une uniformité essentielle à nos livrables. »
Il montra un graphique simple.
– « Auparavant, la variabilité dans la forme et le contenu de certains de nos rapports techniques pouvait parfois générer des ambiguïtés pour nos clients. Aujourd’hui, avec des procédures claires et standardisées, nous avons constaté une réduction estimée à 30% des erreurs ou ambiguïtés dans nos rapports initiaux. Moins de corrections, moins de temps perdu pour le Mud Logger et le client, une information plus fiable transmise plus rapidement aux décideurs opérationnels sur les sites de forage. »
Un murmure d’approbation parcourut l’audience. Les opérationnels présents comprenaient l’impact direct de ce chiffre sur l’efficacité et la sécurité.
Il parla également de l’amélioration de la traçabilité des données, de la gestion plus efficace des non-conformités depuis la détection d’un problème jusqu’à la mise en place d’une action corrective en passant par l’inévitable analyse des causes, de l’optimisation de la maintenance des équipements de mesure critiques grâce à des plannings et des procédures de maintenance préventive claires.
Sa présentation, technique et concrète, ancrée dans la réalité du terrain grâce aux photos, captiva l’audience.
Khadidja, de la Division Laboratoires, prit la parole suivante. Son ton précis et technique inspira confiance. Elle présenta l’expérience de la Division Laboratoires avec l’accréditation ISO 17025. Elle expliqua le parcours exigeant de son entité, la mise en place progressive du SMQ ISO 9001 comme base (dès 2003-2004), puis les étapes spécifiques (évaluation, diagnostic, construction, mise en œuvre) qui avaient mené à l’accréditation ISO 17025 en 2009. Elle mit en avant la rigueur de cette norme pour les laboratoires, notamment en matière de compétence technique du personnel, de validation des méthodes d’analyse et surtout, de maîtrise de la métrologie et de l’incertitude de mesure.
– « Le principe ‘Dites ce que vous faîtes, faîtes ce que vous dites, et montrez que vous l’avez fait’ a été notre guide. Chaque analyse, chaque mesure devait être traçable et sa fiabilité démontrée. »
Elle établit un parallèle clair et percutant avec l’activité Mud Logging.
– « La fiabilité de vos mesures – que ce soit la concentration des gaz, les paramètres de forage, ou l’analyse des échantillons – est tout aussi cruciale, sinon plus, pour la sécurité des opérations. L’ISO 9001 vous donne le cadre pour systématiser cette rigueur, notamment à travers la maîtrise de vos équipements de mesure et la qualification de votre personnel. Notre expérience montre que l’effort de mise en place d’un SMQ est largement récompensé par la confiance accrue dans les résultats que vous fournissez. »
Son intervention, émanant d’une autre entité technique reconnue de Sonatrach pour sa rigueur scientifique, renforça la crédibilité de la démarche présentée par Amar.
Puis, vint le moment très attendu des témoignages des sociétés de services. Ces acteurs du marché, souvent perçus comme des concurrents, allaient partager leur propre expérience de la certification ISO 9001. Leur présence était une validation externe forte de la pertinence de la démarche pour le métier du Mud Logging.
Damian, Quality Manager chez Geoservices, s’avança. Avec l’assurance de ses nombreuses années d’expérience, il expliqua pourquoi l’ISO était essentielle pour Geoservices.
– « C’est une vérification et une structuration de nos processus de l’installation de l’unité sur le rig à la livraison des données au client. Un besoin commercial aussi, pour répondre aux exigences des compagnies pétrolières internationales. Mais surtout, cela nous a apporté une meilleure communication interne entre les Mud Logger s sur site et le siège et aussi, avec nos clients, une clarification des responsabilités, une confiance accrue dans nos services. »
Il parla honnêtement des difficultés rencontrées lors de la mise en place :
– « l’implication de la direction et des employés, ce n’est pas toujours facile au quotidien. Cela exige une équipe dédiée et un engagement continu dans l’amélioration. »
Il illustra l’impact avec l’utilisation de leurs indicateurs de performance, comme le suivi des pannes de leurs équipements via un programme web dédié, permettant d’identifier les points faibles et d’agir tels que l’amélioration de la maintenance préventive, la formation du personnel à l’utilisation correcte des équipements.
Les représentants de Weatherford, Sabrina et Amine, montrèrent leur engagement à travers leur « Enterprise Excellence Policy » et leur objectif de « conformer aux exigences, du premier coup, à chaque fois » pour la satisfaction client. Amine présenta leur système de suivi de performance pour les non-conformités tels que l’enregistrement des incidents, analyse des causes profondes, mise en place d’actions correctives et préventives via un portail, le Weatherford Exchange, comme outil de communication interne efficace.
– « Grâce à la standardisation de nos procédures opérationnelles et à la maintenance rigoureuse de nos capteurs de gaz, directement liées à notre système qualité ISO 9001, nous avons amélioré significativement notre capacité à détecter les venues de gaz. Ces détections précoces sont cruciales pour la sécurité. »
Il montra un graphique comparatif.
– « Nos alertes de ‘kick detection’ sont devenues 50% plus rapides par rapport à la période pré-certification. »
Un silence impressionné accueillit cette démonstration. Réduire de moitié le temps de réaction face à un risque majeur de blowout … L’argument sécurité, soutenu par un chiffre précis basé sur des données mesurables, était d’une puissance redoutable et parlait directement à tous les opérationnels présents.
Vint le tour du représentant de Geolog, pour partager leur parcours, certifié ISO 9001 depuis 1999.
– « L’ISO, c’est organiser son travail. Cela nous a apporté une meilleure communication inter-structures, une clarté des responsabilités, la confiance des clients, une amélioration de nos performances globales et de notre efficacité opérationnelle. »
Il décrivit leur procédure informatisée de gestion des non-conformités en 5 phases comprenant l’enregistrement du problème, la qualification, l’investigation, l’action corrective/préventive et la clôture. Un exemple concret de la norme en action pour gérer les écarts techniques ou opérationnels, puis souligna avec force :
– « Le label ISO ne s’acquiert pas par un simple dossier. Il se mérite par des suivis continus, des audits réguliers, et un engagement quotidien. »
Sagemines, avec son représentant, offrit une perspective très directe, presque philosophique, ancrée dans la réalité du métier.
– « Notre approche, c’est d’impliquer la direction et le personnel dans un projet global. De mesurer l’efficacité de nos processus pour pouvoir anticiper et ne plus subir les non-conformités en mettant en place des actions préventives basées sur l’analyse de risques. Nous partons du client afin de comprendre ses besoins opérationnels et géologiques. »
Il insista sur la communication et la formation comme facteurs clés de succès pour assurer la bonne application des procédures techniques sur le terrain. Puis, avec une franchise appréciée, il énuméra les ‘’à éviter ‘’, des pièges dans lesquels il ne fallait pas tomber :
– « Construire une ‘’usine à gaz‘’ administrative avec une inflation de documents qui au final, ne seront jamais consultés. Oublier le client au profit de la norme. Croire que la certification seule suffit. Ou penser que la norme ISO garantit la qualité des services par magie. Elle donne le cadre, c’est à nous, les équipes de Mud Logging, de le faire vivre au quotidien par notre travail. »
Ses mots, qui alliaient expérience et pragmatisme, furent accueillis par des hochements de tête approbateurs.
Après ces présentations riches et variées, vint le moment du débat général. L’atmosphère, jusque-là focalisée sur les intervenants, s’ouvrit à l’interaction. L’audience, stimulée par ce qu’elle avait entendu, semblait prête à s’engager. Les thèmes préparés lors de la réunion de Boumerdès – culture qualité, évaluation des fournisseurs, écoute client, système documentaire, métrologie, qualification du personnel – servirent de points de départ.
Les questions, d’abord hésitantes, devinrent plus nombreuses, plus directes. Sur les difficultés pratiques de mise en œuvre, sur la gestion des documents dans le désert, sur la manière de convaincre les équipes les plus réfractaires au changement.
Le Directeur de la Division Production s’interrogea sur l’intégration de cette démarche avec les systèmes existants dans son entité et la manière dont les données de Mud Logging seraient intégrées dans leur propre processus de suivi de puits.
Un responsable de maintenance souleva la question concrète de l’étalonnage des équipements de mesure critiques sur des sites de forage isolés, un défi logistique important, et l’importance d’un suivi rigoureux de la métrologie pour garantir la fiabilité des données transmises en temps réel.
Et puis, le moment théâtral, celui qui allait marquer la journée. Le Directeur de NAFTAL, un homme d’expérience dont le visage buriné par des années sur le terrain montrait un scepticisme affiché, se leva, sa voix portant loin dans la salle. Il représentait une forme de bon sens terre-à-terre, focalisé sur les chiffres et les réalités économiques immédiates.
– « Monsieur TOUBIA, » lança-t-il, son ton teinté d’un défi amical. « Votre présentation et celles de nos partenaires sont fort intéressantes. On parle beaucoup de qualité, d’organisation, de systèmes … Mais soyons francs entre nous. Tout cela a un coût. Un coût visible, direct, en consultants, en audits, en temps passé par nos équipes qui pourraient être sur le terrain. Quel est le véritable retour sur investissement ? A combien estimez-vous le coût de cette ‘usine à gaz’ administrative que vous allez mettre en place ? Et comment justifiez-vous cet investissement conséquent face aux impératifs de réduction des coûts auxquels nous sommes tous, à Sonatrach, contraints ? » Il s’assit, un sourire en coin, laissant sa question suspendue dans l’air.
Un silence s’installa, tendu. Tous les regards se tournèrent vers Amar. Le défi était lancé, en public, par un pair de la Direction Générale. Amar sentit son cœur battre plus fort, mais il se redressa, la confiance dans son regard. C’était l’occasion parfaite de réutiliser l’argument préparé lors de la réunion avec Abdelkader, de le faire vivre dans le contexte de la journée.
– « C’est une question essentielle, Monsieur le Directeur, et je vous remercie de la poser avec une telle franchise. »
Sa voix était posée, mais portait la force de sa conviction.
– « Oui, mettre en place un Système de Management de la Qualité selon ISO 9001 représente un investissement initial. Un effort organisationnel, un travail de formalisation des procédures techniques, des coûts de formation du personnel sur site et d’audit. »
Il ne chercha pas à minimiser l’aspect financier. Puis, son ton se fit plus percutant.
– « Mais permettez-moi de comparer ce coût à celui… d’un ‘blowout’ non détecté à temps ? »
Un murmure parcourut la salle. L’image de la catastrophe, si présente dans l’esprit de tous les pétroliers, donnait un poids immense à ses mots.
– « Un ‘blowout’ causé par une information erronée ou tardive de Mud Logging, une mauvaise interprétation des gaz, une pression anormale qui passe à travers les filets de la vigilance, un dysfonctionnement d’un capteur de niveau de bac, parce que nos procédures n’étaient pas standardisées, que nos capteurs n’étaient pas calibrés correctement, ou que l’alerte de venue n’a pas été transmise à temps ? Quel est le coût humain, environnemental, financier, d’une telle catastrophe ? Il est incalculable. »
Il poursuivit, sa voix gagnant en force, s’adressant à l’ensemble de l’audience.
– « Comparons ce coût de la qualité à celui de la non-qualité, à celui d’un forage qui prendrait des semaines, voire des mois de retard ? Des retards causés par des informations peu fiables, des erreurs d’interprétation entraînant des décisions opérationnelles catastrophiques ? »
– « Au coût de la perte de confiance d’un client parce que la qualité de nos données ou de nos rapports ne serait pas au rendez-vous ? »
Il se redressa, son regard balayant l’audience, un sourire de conviction aux lèvres.
– « Non, Monsieur le Directeur. L’ISO 9001 n’est pas une ‘usine à gaz’ coûteuse. C’est une stratégie de prévention des risques. C’est un investissement dans la sécurité de nos hommes et de nos installations. C’est un investissement dans la fiabilité de nos données techniques, la matière première de nos décisions opérationnelles. C’est un investissement dans l’efficacité de nos processus, qui se traduit par des gains de temps et une meilleure utilisation de nos ressources. C’est un investissement dans la satisfaction de nos clients, qui sauront qu’ils peuvent s’appuyer sur nous en toute confiance pour obtenir des informations précises et fiables sur le forage. »
Sa voix gagna en passion.
– « Cet investissement dans la qualité est infiniment moins cher, et bien plus rentable à long terme, que les coûts cachés des erreurs, des inefficacités, des incidents, et de la perte de confiance. La qualité n’est pas une dépense ; c’est une stratégie essentielle pour garantir notre performance durable et notre contribution à la création de valeur pour Sonatrach. »
Un silence, différent cette fois, suivit ses mots. Puis, comme un seul homme, l’audience éclata en applaudissements. Des rires approbateurs résonnèrent. Le Directeur de NAFTAL lui-même affichait un large sourire et hocha la tête, visiblement convaincu par la force de l’argumentaire basé sur les coûts de la non-qualité. L’impact était immense. Amar avait non seulement répondu à la question, mais il avait réussi à ancrer la démarche qualité dans les préoccupations les plus profondes et les plus concrètes de l’entreprise : la sécurité, la rentabilité, la confiance des partenaires.
Le débat se poursuivit, les échanges gagnant en intensité et en pertinence. Les participants s’interrogeaient mutuellement, partageant leurs expériences, leurs doutes. Des idées furent échangées sur l’utilisation de supports visuels, de formations pratiques sur site (Learning by doing), de systèmes d’accès simplifié à la documentation.
Les échanges étaient passionnants, montrant un réel intérêt de l’audience pour les aspects concrets de la démarche qualité appliquée à leur environnement opérationnel. Les intervenants, qu’ils soient de Sonatrach ou des sociétés de services, répondaient avec transparence, partageant leurs succès et leurs difficultés. La journée dépassait largement le simple cadre d’une présentation ; c’était un véritable forum d’échange et d’apprentissage mutuel.
A 13h30 précises, respectant le timing prévu, Abdelkader remonta au pupitre pour les mots de conclusion. Son visage rayonnait d’une satisfaction immense. L’objectif de la journée – informer, sensibiliser, mobiliser – avait été largement atteint.
– « Chers collègues, chers partenaires, Mesdames et Messieurs, » commença-t-il, sa voix pleine d’émotion contenue. « Je tiens à vous remercier tous chaleureusement pour votre présence, votre écoute attentive, et surtout, pour la richesse et la franchise de nos échanges. Vous avez fait de cette journée un moment véritablement exceptionnel. »
Il balaya la salle du regard, un regard empreint de fierté et de détermination.
– « Vous avez vu que la qualité n’est pas une théorie lointaine, mais une réalité concrète, vécue et démontrée par nos partenaires, essentielle à la sécurité et à la performance de nos opérations les plus critiques, celles du forage. »
Sa voix gagna en conviction.
– « Cette journée n’est pas une fin. C’est un point de départ. Le point de départ d’une nouvelle ère pour notre Activité Amont. Le projet de certification ISO 9001 de l’activité Mud Logging est désormais sur les rails, légitimé et soutenu par toute la chaîne de valeur. Il sera notre locomotive. Mais, je le répète, la qualité est l’affaire de tous. Chaque acteur, dans chaque entité, dans chaque fonction, a un rôle à jouer pour garantir la qualité de nos opérations. »
Il lança un appel, sa voix résonnant dans la salle.
– « Je vous invite, tous et chacun, à repartir d’ici avec une seule résolution : faire de la qualité une priorité absolue dans votre quotidien professionnel. Dans vos gestes quotidiens, dans vos décisions, dans vos interactions. Devenez les ambassadeurs de cette démarche au sein de vos propres structures. Partagez ce que vous avez appris aujourd’hui. »
Il marqua une dernière pause, son regard empreint d’une vision tournée vers l’avenir.
– « C’est ensemble, par notre engagement collectif et notre recherche permanente d’amélioration (continue), que nous bâtirons l’excellence. C’est ensemble que nous garantirons la fiabilité de nos opérations, la sécurité de nos hommes et de nos installations, et la satisfaction de nos clients. L’aventure de la qualité est lancée. Et elle ne fait que commencer. »
Un tonnerre d’applaudissements salua ses mots. L’assemblée se leva, les visages éclairés par la conviction et l’enthousiasme. Les poignées de main s’échangeaient, les félicitations fusaient.
Amar fut entouré, félicité par de nombreux participants, y compris ceux qui avaient manifesté un scepticisme initial. Le Directeur de NAFTAL lui serra longuement la main, un large sourire aux lèvres.
La journée avait dépassé toutes les attentes. Elle avait transformé un projet de certification en un élan collectif, une mobilisation interne à l’échelle de toute l’Activité Amont. L’aventure de la qualité, née dans le bureau d’Abdelkader, avait trouvé son public et son adhésion. Elle pouvait désormais avancer avec la force du nombre et la conviction partagée.
Chapitre 5. La mise en œuvre
Dans les jours qui suivirent, le lancement officiel du projet de mise en œuvre eut lieu. Plus sobre que la journée de sensibilisation, cette réunion interne rassembla l’équipe projet restreinte, désormais clairement structurée autour d’Amar. Dans une salle de réunion moins formelle que celle du 15 février, mais où flottait une atmosphère de résolution, Abdelkader, posa le cadre. Devant eux s’affichait le planning détaillé des 18 prochains mois. Les jalons – rédaction documentaire, déploiement sur le terrain, formation, audits internes, audit externe – semblaient à la fois proches, par la force de l’élan, et lointains, tant la tâche était colossale.
– « Le 15 février a été une étape cruciale, » déclara Abdelkader, son regard balayant les visages de l’équipe – des Data Engineers, des géologues Mud Logging, des responsables QHSE, des logisticiens.
– « Nous avons le soutien de la Direction Générale, l’engagement de nos partenaires, la légitimité. Maintenant, il s’agit de construire. Bâtir le système de management de la qualité, processus par processus, procédure par procédure. Ce ne sera pas facile. La résistance au changement est une force puissante, surtout dans une organisation avec des habitudes bien ancrées, forgées par des années d’opérations sur le terrain. Mais nous avons un objectif clair : la certification ISO 9001 dans 18 mois. C’est notre horizon. »
Il regarda Amar.
– « Amar, vous êtes aux commandes. Le comité de pilotage est là pour vous appuyer. Mais c’est à vous, avec cette équipe, de mener la transformation. »
La première phase, sans doute la plus intellectuellement exigeante, fut celle de la Rédaction et formalisation du système documentaire. Elle commença presque immédiatement. Les bureaux de la Direction Mud Logging se transformèrent en ruches bourdonnantes. Des piles de rapports existants, des notes manuscrites prises sur les rigs, des schémas griffonnés sur des tableaux blancs, servaient de matière première pour capturer le savoir-faire.
L’équipe projet, épaulée par des experts métiers de chaque domaine du Mud Logging, se lança dans l’analyse des processus existants pour les traduire en procédures écrites conformes aux exigences de l’ISO 9001.
– « Comment décrivez-vous la procédure d’analyse géologique des déblais, de la réception de l’échantillon à l’interprétation sous binoculaire et à la description standardisée sur la fiche technique ? » demandait Amar à Messaoud, un Mud Logger chevronné, dont les mains portaient les stigmates de nombreuses heures passées à trier et examiner les fragments de roche remontés du puits.
Messaoud, au début, affichait un scepticisme poli.
– « Mais Monsieur TOUBIA, c’est difficile à écrire ! On le fait intuitivement, on a l’expérience. C’est un savoir-faire qui se transmet sur le terrain, en montrant aux plus jeunes comment reconnaître une roche, comment chercher les indices, pas dans des papiers. »
– « Justement, Messaoud, » répondait patiemment Amar. « Écrire la procédure, c’est capturer ce savoir-faire précieux. Le rendre accessible à tous, même aux nouveaux arrivants. S’assurer que chaque géologue, quel que soit son niveau d’expérience, suit les mêmes étapes rigoureuses pour l’analyse (préparation de l’échantillon, lavage, séchage, observation macroscopique, observation microscopique à la binoculaire, description selon une nomenclature standardisée, détection de fluorescence sous UV, test de cut). C’est garantir la cohérence de nos données, la fiabilité de nos descriptions, qui sont cruciales pour les décisions de l’Exploration ou du Développement-Production. C’est capitaliser sur votre expérience pour le bénéfice de toute l’organisation et assurer la continuité du service. »
Les discussions étaient parfois vives, marquées par des divergences d’approches, des habitudes tenaces. Fallait-il détailler chaque geste ou se concentrer sur les étapes clés ? Comment concilier la rigueur de la norme et la nécessité de documenter précisément les opérations techniques avec la flexibilité nécessaire sur le terrain face à des conditions de forage imprévues ?
L’équipe projet se référait aux conseils des sociétés de services : choisir les ‘’mots justes‘’ pour les procédures, faire en sorte que la documentation soit un « outil de formation » et de ‘’responsabilisation‘’ pour le personnel, pas une simple contrainte administrative. Le processus de rédaction n’était pas une simple transcription, c’était une remise en question permanente, un travail d’analyse et de synthèse pour définir la meilleure façon standard de réaliser chaque tâche technique, du plus simple contrôle visuel à l’analyse technique la plus complexe, comme l’analyse quantitative des gaz ou le monitoring des paramètres de forage en temps réel.
Le Manuel Qualité prit forme, définissant le cadre global du SMQ : politique qualité, structure organisationnelle, description des processus. Puis vinrent les procédures opérationnelles, décrivant les processus métiers clés du Mud Logging : PO-AZG pour l’analyse quantitative et qualitative des gaz, PO-AGD pour l’analyse géologique des déblais et des carottes, PO-MPF pour le monitoring et l’interprétation des paramètres de forage, PO-REL pour l’élaboration des rapports clients. Et enfin, les instructions de travail, plus détaillées, expliquant pas à pas comment utiliser un équipement spécifique : IT-CHROM pour le chromatographe, IT-CAP-PRES pour la calibration d’un capteur de pression, IT-CAL-GAZ pour réaliser une calibration d’un capteur de gaz, etc.
Le volume de documents augmentait, page après page, fruit d’un travail acharné et souvent réalisé en dehors des heures de travail habituelles. Des soirées entières passées à relire, amender, valider avec les experts métiers.
Parallèlement à la rédaction, débuta le déploiement du SMQ au sein des équipes opérationnelles. C’était la phase où le système documentaire, encore à l’état de théorie écrite, allait se frotter à la réalité du terrain. Un défi et humain colossal, compte tenu de la dispersion géographique des unités de Mud Logging dans le désert, souvent dans des conditions difficiles.
Des sessions de sensibilisation et de formation intensives furent lancées. Amar et l’équipe projet, parfois rejoints par des formateurs externes spécialisés dans l’ISO 9001 appliquée aux services techniques ou par des membres de la Cellule Certification du CRD, parcoururent les bases vie, se rendirent sur les chantiers lorsque cela était possible, pour former les équipes.
Devant des auditoires variés avides d’apprendre les nouvelles procédures de validation des données, opérateurs expérimentés parfois sceptiques face à la formalisation de leurs gestes habituels, techniciens de maintenance pragmatiques soucieux des instructions détaillées pour la maintenance préventive et corrective – les formateurs expliquaient les principes de l’ISO 9001 et surtout, décortiquaient les nouvelles procédures qui allaient impacter leur quotidien technique et opérationnel.
– « Comment utiliser la nouvelle fiche de suivi des échantillons en s’assurant de noter précisément la profondeur et l’heure de prélèvement ? »
– « Quelle est la nouvelle procédure pour la communication des alertes critiques par exemple, une augmentation rapide du Total Gas et à qui transmettre l’information ? »
– « Comment réaliser la maintenance préventive d’un équipement comme le détecteur de H2S selon la documentation standardisée et enregistrer l’opération ? »
– « Comment vérifier la validité d’une calibration de capteur selon la nouvelle instruction de travail ? »
Les questions fusaient, révélant les préoccupations du terrain.
– « Mais pourquoi changer ? L’ancienne méthode marchait bien ! » demandait un opérateur d’unité.
– « Comment je vais faire pour garder ces documents propres et utilisables avec tout le sable et la chaleur dans la cabine de l’unité ? » s’inquiétait un autre.
– « Est-ce que ça va ajouter encore plus de paperasse ? »
Les formateurs répondaient patiemment, utilisant des exemples concrets tirés de l’activité, insistant sur les bénéfices tangibles. Ils rappelaient l’argument d’Amar sur le coût de la non-qualité, sur la sécurité accrue grâce à la standardisation. Ils montraient comment les nouvelles procédures, bien que demandant un effort d’adaptation initial, simplifieraient le travail à terme, réduiraient les erreurs, amélioreraient la traçabilité des données techniques essentielles.
La Conduite du changement fut une bataille de tous les instants. Il ne suffisait pas de former, il fallait convaincre et ancrer la culture qualité dans les esprits et les pratiques quotidiennes.
Des affiches rappelant les principes du SMQ et les objectifs du projet apparurent dans les bureaux et sur les bases vie, à côté des consignes de sécurité. Des communications régulières de la Direction, via email ou lors des réunions de sécurité bi-hebdomadaires, réaffirmaient l’importance de la démarche qualité pour la performance globale.
Les pilotes de processus, les superviseurs de site, jouèrent un rôle clé en encourageant l’application des nouvelles procédures au quotidien, en répondant aux questions, en faisant le lien entre la théorie et la pratique opérationnelle.
L’idée d’une « démarche participative » était mise en avant, encourageant les équipes à suggérer des améliorations aux procédures une fois qu’elles étaient testées sur le terrain et que des difficultés d’application étaient rencontrées. Les « petites victoires » – un gain de temps dans l’élaboration d’un rapport, une non-conformité évitée, un compliment d’un client sur la clarté d’un rapport de fin de puits – étaient identifiées et communiquées pour montrer que la démarche portait ses fruits et n’était pas une contrainte inutile.
Après une année de rédaction intensive, de déploiement progressif et de formations, vint l’étape cruciale de la Réalisation des audits internes. L’équipe projet avait formé un groupe d’auditeurs internes, des employés de l’entité Mud Logging de différentes fonctions et expériences. Leur rôle : vérifier l’application du SMQ sur le terrain, identifier les points forts et les points faibles par rapport aux exigences de l’ISO 9001 et aux propres procédures de l’entité.
Les audits internes furent des moments de vérité. Un Data Engineer auditeur interne se retrouvait à interroger un Chef d’unité Mud Logging avec qui il travaillait depuis des années sur l’application de la procédure de transmission des données en temps réel. L’exercice exigeait professionnalisme et objectivité. Dans un bureau à Hassi Messaoud, un auditeur interne vérifiait la procédure de gestion des documents et enregistrements.
Dans une unité de Mud Logging sur un chantier d’exploration isolé, un autre auditeur examinait la procédure de maintenance préventive des équipements critiques, vérifiait les enregistrements de calibration des capteurs de gaz et de paramètres de forage, s’assurait que la dernière version de la procédure d’analyse des cuttings était bien disponible et appliquée. Les dialogues étaient précis, basés sur les procédures écrites et les preuves tangibles.
– « Pouvez-vous me montrer l’enregistrement de la dernière calibration de ce capteur de pression ? » demandait un auditeur interne à un opérateur.
L’opérateur s’exécutait, parfois avec un peu de nervosité, parfois avec l’assurance de celui qui applique la procédure et sait où trouver les documents.
– « Selon la procédure IT-AGD-003, l’analyse sous binoculaire pour la description des cuttings doit être réalisée sur un volume minimum de 50 grammes de déblais pour chaque intervalle de profondeur. Est-ce bien ce que vous faites systématiquement ? Pouvez-vous me montrer un exemple d’échantillon et la fiche correspondante ? » interrogeait un autre auditeur un Mud Logger sur site.
Des non-conformités étaient inévitablement identifiées : une procédure pas totalement respectée, un enregistrement incomplet, un écart par rapport aux exigences de la norme. Chaque non-conformité était documentée, analysée pour en identifier la cause profonde. Des actions correctives étaient définies, planifiées, mises en œuvre et vérifiées lors d’audits de suivi. L’objectif n’était pas de sanctionner, mais d’apprendre et d’améliorer le système en continu. Ces audits internes, souvent perçus au début avec appréhension, devinrent un puissant outil de diagnostic et de progression, permettant de roder le système, d’ajuster les procédures, et de préparer les équipes à l’audit final par une familiarisation avec le processus d’audit. La Cellule Certification du CRD, en formant les auditeurs internes et en relisant les rapports d’audit, s’assurait de la rigueur et de la conformité de cette étape cruciale.
Les dix-huit mois touchaient à leur fin.
Le planning Gantt affichait la dernière ligne droite : la Préparation de l’audit de certification externe. La tension remonta d’un cran. C’était l’examen final, celui qui allait valider tout le travail accompli ou, au contraire, révéler des insuffisances majeures dans le Système de Management de la Qualité mis en place.
L’équipe projet, sous la coordination incessante d’Amar, redoubla d’efforts. Chaque procédure fut relue, chaque enregistrement vérifié. Des sessions de formation « flash » furent organisées pour rafraîchir les connaissances des équipes sur les principes du SMQ et les points clés de leurs procédures spécifiques, ainsi que sur le déroulement d’un audit externe. Des « audits blancs » ou simulations d’audit furent réalisés, reproduisant les conditions de l’audit externe, parfois avec l’aide de la Cellule Certification du CRD, pour mettre les équipes en situation et identifier les dernières lacunes ou points faibles.
Dans les bureaux, on sentait la concentration. Sur les bases vie, on revérifiait les classeurs de procédures et l’accès à la base documentaire électronique. Sur les chantiers, les opérateurs s’assuraient que leurs équipements de mesure étaient étalonnés et que les enregistrements correspondants étaient à jour et accessibles. Un esprit de corps se renforçait. Tous voulaient que le projet aboutisse et que l’entité soit reconnue pour son engagement qualité. Ils avaient investi trop d’efforts, surmonté trop de difficultés (résistance au changement, contraintes du terrain), pour échouer si près du but.
Abdelkader, tout en laissant Amar et l’équipe projet mener la préparation opérationnelle, était présent, son soutien indéfectible se manifestant par sa disponibilité, ses encouragements, sa confiance affichée dans la capacité de ses équipes à réussir. Noureddine veillait à ce que les aspects QHSE, intégrés au SMQ, soient parfaitement maîtrisés et audités.
Ces dix-huit mois de mise en œuvre furent une période de transformation intense. Ils changèrent l’activité Mud Logging. Les processus étaient plus clairs (de l’acquisition de données à l’interprétation et au rapport), la documentation plus accessible et pertinente, les responsabilités mieux définies. La culture qualité, malgré les résistances initiales, s’enracinait progressivement. Les équipes, ayant participé à la rédaction, à la formation, aux audits internes, s’étaient approprié la démarche. Elles comprenaient que la qualité n’était pas une contrainte administrative, mais un moyen de mieux travailler, de réduire les erreurs (dans les analyses, les rapports), d’améliorer la sécurité (par des alertes fiables et rapides), et de garantir la fiabilité des données qui étaient au cœur de leur métier et essentielles pour les autres entités de Sonatrach. Le moment de vérité approchait. Les auditeurs externes allaient arriver. L’aboutissement de la conquête de l’excellence était à portée de main.
Chapitre 6. L’aboutissement
L’automne 2013 s’était installé sur Hassi Messaoud, apportant avec lui des journées plus courtes et un air qui, sans être froid, portait la promesse des nuits fraîches du désert. Pendant dix-huit mois, l’activité Mud Logging de Sonatrach avait vécu au rythme intense de la mise en œuvre de son Système de Management de la Qualité selon la norme ISO 9001. Des heures innombrables avaient été consacrées à formaliser les processus, à former les équipes sur site, à déployer les nouvelles procédures sur les sites les plus isolés, à réaliser des audits internes pour traquer les non-conformités et les écarts. La fatigue s’était accumulée, les moments de doute avaient émaillé le parcours, mais la détermination, portée par la vision d’Abdelkader et l’énergie d’Amar, n’avait jamais fléchi.
Maintenant, l’heure de vérité avait sonné. L’audit de certification externe. L’étape ultime qui allait valider ou non tout le travail accompli. Les auditeurs externes, mandatés par un cabinet de certification accrédité, arrivèrent à Hassi Messaoud. Leur présence conférait une solennité particulière. Ce n’étaient pas des visages familiers, mais des professionnels au regard aiguisé, représentant l’objectivité de la norme, venus évaluer si le système mis en place par l’activité Mud Logging répondait aux exigences strictes de l’ISO 9001.
L’audit commença formellement dans une salle de réunion. Le lead auditeur présenta le plan d’audit, le périmètre est l’ensemble des activités de surveillance géologique des forages, la méthodologie consiste en l’examen documentaire, entretiens et visites de sites.
L’atmosphère était tendue, mais l’équipe projet, renforcée par les pilotes de processus clés et les responsables des différentes fonctions support, affichait une confiance née de la préparation intensive et des audits blancs.
Pendant plusieurs jours, les auditeurs passèrent au crible l’organisation. Ils n’épargnèrent aucun aspect. Dans les bureaux de la Direction, ils examinèrent la documentation : le Manuel Qualité, ce document central qui décrivait l’organisation et la politique qualité de l’entité Mud Logging ; les procédures de management : revues de direction, audits internes, gestion des non-conformités et des actions correctives et préventives ; les procédures support : gestion des ressources humaines, formation du personnel technique, maintenance des équipements, logistique des échantillons et du matériel ; et bien sûr, les procédures opérationnelles, le cœur du métier. Chaque document était scruté, chaque phrase analysée pour vérifier sa conformité à la norme et son adéquation aux activités réelles.
– « Comment vous assurez-vous que cette procédure, par exemple, la procédure PO-AGD pour l’analyse géologique des déblais, est bien la version la plus récente et est accessible à tous les géologues sur tous les sites (y compris les sites de forage les plus isolés avec des connexions limitées) ? » interrogeait un auditeur, feuilletant le Manuel Qualité et les procédures associées.
– « Nous utilisons une base documentaire centralisée, accessible via intranet depuis Hassi Messaoud et synchronisée sur les serveurs locaux des bases vie les plus importantes, » répondait une ingénieure de l’équipe projet, avec assurance, en montrant la structure de la base de données documentaires.
– « Pour les sites isolés sans connexion permanente, les chefs d’équipe disposent de copies électroniques sur des supports sécurisés, mises à jour régulièrement selon un planning défini. De plus, des copies papier des procédures opérationnelles clés sont disponibles dans les unités de Mud Logging. »
Les auditeurs interrogèrent le personnel à tous les niveaux. Ils voulaient comprendre comment le système était vécu et appliqué au quotidien. Avec la Direction, ils discutèrent de la politique qualité, des objectifs fixés (par exemple, réduction du nombre d’erreurs dans les rapports, amélioration de la disponibilité des équipements), des revues de direction tenues pour évaluer la performance du SMQ. Avec les managers et superviseurs, ils abordèrent la gestion des équipes sur site, la communication notamment des alertes, le suivi des indicateurs de performance opérationnels et qualité. Et avec les opérationnels sur le terrain – géologues, data engineers, opérateurs, techniciens de maintenance – ils vérifièrent l’application concrète des procédures techniques.
Des scènes d’audit se déroulèrent dans différents environnements, montrant la diversité de l’activité Mud Logging.
Quelques non-conformités mineures furent relevées ici et là – un enregistrement pas complètement rempli sur une fiche de maintenance sur un site éloigné, un document interne pas encore intégré dans la version finale du Manuel Qualité, un délai légèrement dépassé pour une action corrective mineure – mais elles témoignaient de points à améliorer, pas d’un système défaillant dans son ensemble. La robustesse du SMQ, bâtie sur 18 mois d’efforts, résistait à l’examen rigoureux des auditeurs externes.
La réunion de clôture de l’audit fut un moment de tension maximale. Les auditeurs présentèrent leurs conclusions formelles. Ils soulignèrent les points forts : l’engagement visible et fort de la Direction Mud Logging, l’implication d’une grande partie du personnel à tous les niveaux, la pertinence de la cartographie des processus métiers clés, la maîtrise des aspects techniques critiques, la qualité des audits internes réalisés en amont. Ils listèrent les quelques non-conformités mineures identifiées, expliquant qu’elles nécessiteraient des actions correctives à mettre en place. Puis, le lead auditeur arriva au verdict tant attendu.
– « Sur la base de l’audit réalisé, et en considérant les non-conformités mineures identifiées qui feront l’objet d’un plan d’actions correctives, nous recommandons… » Il marqua une pause qui parut durer une éternité, regardant Abdelkader, Amar, Noureddine.
– « Nous recommandons l’octroi de la certification ISO 9001 pour l’activité de Surveillance Géologique des Forages de la Direction Mud Logging de Sonatrach. »
Un soupir de soulagement collectif parcourut la salle. Puis, une explosion contenue de joie. Des sourires immenses se croisèrent. C’était fait. L’aboutissement de la quête. Dix-huit mois d’efforts intenses récompensés.
Quelques semaines plus tard, en cet automne 2013, le certificat officiel arriva par courrier express. Un document précieux, imprimé sur du papier épais, portant les logos de Sonatrach, du cabinet de certification, et surtout, l’emblème universel de l’ISO 9001. Il représentait la validation formelle, externe, de l’excellence atteinte dans la gestion de la qualité des opérations de Mud Logging.
Abdelkader décida de l’accrocher personnellement. Dans son bureau, face à la carte des bassins pétroliers qui représentait le terrain de jeu de ses équipes, il choisit un emplacement d’honneur, juste à côté de son exemplaire du livre sur le Total Quality Management. L’accrocher, c’était sceller la réussite, rendre visible à tous que l’ambition était devenue réalité, un symbole de la transformation accomplie. Amar et Noureddine étaient présents, partageant ce moment symbolique, l’émotion palpable de l’objectif atteint.
La célébration de cette réussite fut d’abord informelle, spontanée. Des appels téléphoniques aux équipes sur les rigs, dans les bases vie, des messages échangés, des poignées de main chaleureuses dans les couloirs. Sur les bases vie, des cris de joie retentirent. Les équipes qui avaient tant donné, surmonté leurs doutes et leurs résistances face aux nouvelles procédures et aux audits, ressentaient une immense fierté. Leur travail acharné et leur application des nouvelles méthodes étaient récompensés par cette reconnaissance internationale.
Une célébration plus formelle eut lieu quelques jours plus tard, réunissant la Direction Mud Logging, l’équipe projet, les pilotes de processus, des représentants des équipes terrain, et des invités du CRD et d’autres divisions de l’Activité Amont. L’atmosphère était à la fête, mais aussi à la reconnaissance de l’effort collectif qui avait rendu cette réussite possible. Abdelkader, dans son discours, remercia chaque personne impliquée, rappelant la vision initiale et le chemin parcouru ensemble. Il insista sur le fait que ce succès était celui de toute l’équipe, de la direction aux opérateurs sur le rig.
Vint ensuite le temps d’analyser les fruits concrets de cette démarche qualité. L’ISO 9001 n’était pas qu’un certificat ; elle avait apporté des bénéfices mesurables. Amar, désormais à la tête du Service Qualité de l’entité, présenta les premiers bilans chiffrés. Les indicateurs de performance parlaient d’eux-mêmes. Dans le bureau d’Abdelkader, autour de la table où tant de décisions avaient été prises, ils parcoururent les résultats des mois suivant la mise en œuvre complète du système.
– « Les gains d’efficacité sont tangibles, » expliqua Amar, présentant des graphiques clairs. « En standardisant nos processus administratifs et de reporting (structure des rapports, validation), en éliminant les redondances et les ambiguïtés grâce à nos procédures formalisées, nous avons mesuré un gain de temps global d’environ 40% sur l’élaboration et la validation des rapports journaliers et de fin de puits. Cela permet à nos ingénieurs et géologues de consacrer plus de temps à l’analyse et à l’interprétation. »
Noureddine siffla doucement.
– « 40% ! C’est énorme. Cela représente des milliers d’heures de travail rendues disponibles pour des tâches plus productives, plus axées sur l’analyse technique approfondie des données, la maintenance préventive de nos équipements critiques, la supervision sur le terrain. C’est un impact direct sur notre productivité. »
– « Absolument, » confirma Amar. « Et la satisfaction de nos clients… Elle a considérablement augmenté. » Il afficha le résultat de la dernière enquête de satisfaction client, menée auprès des différentes entités clientes (Exploration, Production) et des associés. « 92% de satisfaction globale. Nos clients internes – Exploration, PED, Production – et nos associés externes, reconnaissent la fiabilité accrue de nos données (précision des mesures de gaz et de paramètres), la clarté et la complétude de nos rapports de fin de puits et journaliers, notre réactivité face à leurs demandes. C’est la confiance qui s’est installée, fondée sur la preuve de notre capacité à fournir un service de qualité constante, indépendamment du site ou de l’équipe. »
Abdelkader les écoutait, le visage illuminé par la satisfaction. Sa vision initiale, celle de faire de la qualité un levier de performance et de reconnaissance pour l’activité Mud Logging, était devenue une réalité mesurable. L’ISO 9001 n’était pas un fardeau administratif, mais un outil de transformation qui avait apporté des bénéfices concrets, bien au-delà du simple certificat accroché au mur. Elle avait renforcé la capacité de l’entité à fournir des informations fiables et cruciales pour les opérations de forage.
Et justement, la quête de l’excellence, par définition, ne s’arrêtait pas là. L’obtention de la certification ISO 9001 n’était qu’une étape. Quelques semaines plus tard, une nouvelle perspective s’ouvrit. Une correspondance arriva de la Cellule Certification du CRD. Chafia et Khadidja, ayant suivi avec intérêt le succès de la démarche Mud Logging, notamment l’intégration réussie des aspects techniques et opérationnels dans le SMQ, faisaient une proposition.
– « Ils sont impressionnés, » expliqua Noureddine, présentant la lettre à Abdelkader et Amar. « Ils nous proposent un partenariat. Ils souhaitent travailler avec nous pour étendre notre Système de Management de la Qualité et y intégrer les aspects environnementaux (gestion des impacts liés au forage et au Mud Logging), afin de viser la certification ISO 14001. »
Un silence s’installa, chargé de nouvelles possibilités. L’ISO 14001… La norme relative au management environnemental. La gestion de l’impact de leur activité sur l’environnement – gestion des déchets de forage, consommation d’eau et d’énergie sur les sites isolés, prévention des pollutions (rejets accidentels de boue ou de produits chimiques). Une suite logique et nécessaire pour une entreprise pétrolière moderne, soucieuse de sa responsabilité environnementale.
– « L’idée est excellente ! » s’exclama Abdelkader, un nouvel éclat dans le regard. « Notre SMQ ISO 9001 nous a donné la structure, la méthodologie, les outils : l’approche processus (qui permet d’analyser les impacts environnementaux de chaque étape), la gestion documentaire, les audits internes, les actions correctives et préventives, les revues de direction. Tout cela est directement applicable au management environnemental. L’intégration des systèmes Q, H, S, E (Qualité, Hygiène, Sécurité, Environnement) … c’est la voie de l’avenir pour une performance globale durable. »
Amar sentit une nouvelle vague d’énergie le parcourir. Le défi de l’ISO 9001 avait été immense, mais l’ISO 14001 en serait une nouvelle facette, tout aussi passionnante et pertinente pour une activité comme le Mud Logging qui opère dans des environnements sensibles.
– « Nous avons maintenant l’expérience de la mise en place d’un SMQ. Nous avons les équipes formées (aux principes des systèmes de management), la dynamique est là. Le partenariat avec le CRD, avec leur expertise en ISO 14001 (notamment sur la gestion des aspects environnementaux liés aux activités industrielles), serait un atout majeur. »
Abdelkader se leva, son regard fixé sur l’horizon, un horizon qui semblait s’élargir à mesure que les ambitions grandissaient. Le certificat ISO 9001 sur le mur n’était pas une fin en soi, mais le jalon d’une étape réussie, la preuve que l’entité était capable de s’améliorer et de se conformer aux standards internationaux.
– « Très bien. Répondons favorablement à la proposition du CRD. Noureddine, lancez les discussions pour formaliser ce partenariat. Amar, commencez à évaluer les exigences spécifiques de l’ISO 14001 pour nos processus (forage assisté par Mud Logging), à identifier les impacts environnementaux de notre activité (production de déchets, consommation d’eau, émissions), à évaluer les besoins en termes de procédures et d’indicateurs environnementaux. La quête de l’excellence continue. Elle s’étend à l’environnement. La boucle de l’amélioration continue est lancée. Et elle ne fait que commencer. »
Dans l’air frais de l’automne saharien, une nouvelle énergie flottait dans le bureau. La satisfaction de la réussite passée alimentait l’enthousiasme pour les défis futurs. L’activité Mud Logging de Sonatrach, transformée par la démarche qualité, était prête à s’engager sur de nouvelles voies, portée par une vision claire, une équipe mobilisée, et la conviction que l’excellence était une destination en perpétuelle évolution, un horizon toujours renouvelé.
Notes
[1] QHSE : Qualité, Hygiène, Sécurité, Environnement.
[2] Principalement les gaz suivants : méthane C1, éthane C2, propane C3, butane C4 et pentane C5
[3] Cuttings ce sont les déblais ou fragments de roche remontés par la boue. Ils sont analysés au microscope pour identifier les formations géologiques traversées, et chercher les indices du potentiel pétrolier.
[4] Cette vitesse est connue sous le jargon technique de : Rate Of Penetration (ROP)
[5] Les Division de Sonatrach – Activité Amont / Branche E&P : Exploration pour prendre des décisions cruciales sur l’évaluation des prospects et les nouvelles découvertes, la Division PED pour développer de nouveaux champs, optimiser l’exploitation des gisements existants et planifier les complétions, la Division Production pour le suivi des puits en opération et leur maintenance et enfin, SIPEX pour les activités à l’international.
[6] Les compagnies multinationales en association ou en groupement avec Sonatrach : Total actuellement TotalEnergies, Anadarko actuellement OXY, REPSOL, CEPSA actuellement Moeve, Pertamina, Statoil actuellement Equinor, BP, BG, Burlington Resources actuellement ConocoPhillips, AGIP actuellement ENI, GAZPROM, etc.
[7] Une atmosphère explosive (ATEX) est un mélange, dans des conditions atmosphériques, d’air et de substances inflammables sous forme de gaz, de vapeur, de brouillard ou de poudres, dans des proportions telles que le mélange peut être facilement enflammé par une source telle qu’un point chaud, un arc électrique ou une étincelle. Source : https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/produits-atmospheres-explosifs
[8] L’analyse des gaz est réalisée avec un chromatographe spécifique capable de traiter des données en temps réel. L’analyse qualitative facilite l’identification les gaz hydrocarbures (C1, C2, C3, iC4, nC4, iC5, nC5), tandis que l’analyse quantitative permet de déterminer précisément leurs concentrations.
[9] Une diagraphie consiste à mesurer et enregistrer les caractéristiques des roches traversées lors d’un forage.
[10] CRD est le Centre de Recherches et Développement de Sonatrach, rebaptisé Division Laboratoires. L’appellation CRD reste ancrée chez les anciens.
[11] PMT : Plan (Quinquennal) à Moyen Terme
[12] Processus clés de la surveillance géologique des forages (Mud Logging) comprennent à titre non-exhaustive les activités suivantes : Analyse quantitative et qualitative des gaz pour la détection des traces d’hydrocarbures par Total Gas et Chromatographie, évaluation des indices de pétrole/gaz ainsi que la mesure des teneurs en H2S ; Analyse géologique des déblais et la préparation des carottes, description macroscopique et microscopique des lithologies et identification des minéraux ; Préparation des échantillons de carottes ; Monitoring des paramètres de forage en temps réel : acquisition et visualisation des données issues des capteurs installés sur le rig, poids sur l’outil, couple, vitesse de rotation, débit de pompe, pression d’injection et annulaire, température de boue, ROP, volumes des bacs, etc. ; Elaboration et analyses pétrophysiques préliminaires basées sur les données de surface (identification des zones potentiellement productives) ; Contrôle qualité des fluides (mesure de la densité, viscosité, pH de la boue) ; Elaboration des rapports du rapport final de puits pour le client contenant la synthèse de toutes les données géologiques et de forage.








